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"J'ai le ventre qui gonfle dès que je mange" : et si c'était un SIBO ?

  • il y a 3 jours
  • 9 min de lecture

j'ai le ventre qui gonfle des que je mange


"J'ai le ventre qui gonfle dès que je mange", "je ne digère plus rien", "mon ventre gonfle systématiquement après les repas" . Ces phrases, je les entends régulièrement.



Ce que je remarque aussi en consultation, c’est que même dans le cadre d'une alimentation saine, les symptômes sont là.



Quand les ballonnements reviennent systématiquement depuis plusieurs mois ou plusieurs années, beaucoup ont déjà essayé de :


  • réduire le pain, les pâtes, les sucreries,

  • limiter les produits laitiers,

  • cuisiner plus frais, plus BIO,

  • éviter les plats industriels,

  • tester des régimes sans gluten, sans lactose, pauvres en FODMAP,

  • acheté des compléments ou des tisanes digestives et carminatives



Pourtant, malgré tous ces efforts, les ballonnements peuvent persister, et alors, les restrictions se multiplient. On se retrouve vite désemparé, ne sachant plus quoi manger.



La vraie question à se poser dans ce cas là n'est pas forcément "quel aliment éviter pour ne plus ballonner", mais "pourquoi ces ballonnements sont là ?" et "que faire pour agir sur les causes des ballonnements ?". En effet, les ballonnements ne dépendent pas forcément de l'aliment lui-même mais de ce qui peut altérer la digestion.



Pour retrouver une meilleure digestion durablement, il m'a semblé important ici de pouvoir évoquer plusieurs de ces causes encore trop souvent méconnues, et qui pourtant touche un grand nombre de personnes : le SIBO. Mais avant, reprenons rapidement les bases.



Pourquoi le ventre gonfle après avoir mangé ?



Dans l'article Ballonnements et ventre gonflé : sortir de la logique "pansement”, j'évoque plusieurs des mécanismes possibles à l'origine des ballonnements.



Dans cet article, nous allons ici détailler spécifiquement le processus de fermentation bactérienne lié à la dysbiose intestinale. Il s'agit de la problématique que je rencontre le plus souvent au cabinet.




Ce qui se cache derrière un ventre gonflé



Notre intestin, et plus particulièrement notre côlon, héberge des billiards de bactéries et forment un véritable écosystème qui constitue notre microbiote intestinal.



microbiote et bactéries du système digestif
📷 Ethan Hillman et al, Diagram of human gut microbiome depicted in various regions – CC BY 4.0 via Wikimedia Commons

Lorsque certaines fractions alimentaires non digestibles (principalement les fibres) rejoignent ce microbiote, les bactéries se chargent de digérer nos restes et produisent de nombreuses vitamines, neurotransmetteurs, acides gras nécessaires à notre équilibre global.



En digérant nos aliments, les bactéries présentes dans l'intestin produisent également différents types de gaz. Dans certains cas, la production de gaz peut être plus importante et ainsi faire gonfler le ventre, ce sont les ballonnements.



Cependant, le délais d'apparition de la sensation de ventre gonflé après un repas donne une information essentielle qui doit mettre la puce à l'oreille. En effet, lorsque le ventre gonfle peu de temps après les premières bouchées cela informe sur une localisation spécifique qui fait toute la différence.




Ballonnement après manger, où se trouvent les gaz exactement ?



Pour comprendre pourquoi le ventre gonfle, il faut d'abord faire un petit détour rapide sur le processus de digestion.



Les aliments que nous mangeons passent par différentes phases de digestion. Ils sont digérés une première fois dans la bouche, puis dans l'estomac et dans l'intestin. L'intestin se divise lui-même en deux grandes parties : l'intestin grêle (en bleu et violet sur l'illustration ci-dessous) et le côlon (appelé gros intestin).



ballonnement après le repas et anatomie de l'intestin grêle
Anatomie de l'intestin grêle 📷 Blausen.com staff (2014). "Medical gallery of Blausen Medical 2014". WikiJournal of Medicine 1 (2). DOI:10.15347/wjm/2014.010. ISSN 2002-4436.

Après les premières bouchées, les aliments atterrissent dans l'estomac. Ici les sécrétions gastriques acides dissolvent les aliments et tuent une partie des pathogènes.



Après un broyage mécanique, le bol alimentaire est ensuite progressivement libéré dans l'intestin grêle (au niveau du duodénum). A cet endroit, les aliments sont fragmentés par de multiples processus, notamment par la présence d'enzymes digestives. Les nutriments et micronutriments ainsi découpés et extraits de nos aliments, ils peuvent plus facilement être absorbés à travers la paroi intestinale de l'intestin grêle et rejoindre la circulation sanguine pour nourrir nos propres cellules.



Notons qu'à ce niveau de la digestion, la présence de bactéries n'est pas vraiment la bienvenue. En effet, l'intestin grêle est un lieu d'absorption des nutriments. Trop de bactéries à cet endroit pourrait donc entraver l'assimilation de ce que nous mangeons par effet de compétition.



En cas de ballonnements rapides après le début du repas, on peut alors relever une incohérence majeure :


  1. les aliments se trouvent à ce stade plutôt au niveau de l'intestin grêle (sauf dans certains cas)

  2. Les bactéries ici sont plutôt peu nombreuses, il ne devraient donc pas y avoir autant de gaz



Ainsi, si le repas est pris au calme, sans avaler trop d'air, la présence de gaz à ce stade permet de suspecter une prolifération bactérienne anormale au niveau de l'intestin grêle. Ce trouble a un nom dont la classification à officiellement été répertoriée par l'OMS : le SIBO (3).





"J'ai le ventre qui gonfle dès que je mange" : pourquoi suspecter un SIBO ?




Qu'est ce que le SIBO ?



Le SIBO est l'acronyme utilisé pour "Small intestinal bacterial overgrowth". Si l'on traduit littéralement, cela désigne une prolifération bactérienne de l'intestin grêle (petit intestin).



En réalité, la dénomination peut prêter à confusion, car il ne s'agit pas d'une infection bactérienne mais plutôt d'une dysbiose, c'est à dire d'une rupture de l'équilibre des familles de bactéries présentes dans l'intestin grêle.



Ce déséquilibre est bien plus courant que ce que l'on peut penser.



On évalue le nombre de cas de SIBO dans le monde à environ 200 à 500 millions de cas.


Par ailleurs, selon les études et le type de test, on retrouve une prévalence de SIBO de 19% à 49% chez les personnes a qui l'on a diagnostiqué un syndrome de l'intestin irritable (SII) (1). Si vous êtes dans ce cas, cet article devra donc davantage attirer votre attention.



Il existe plusieurs formes de SIBO qui se distinguent par la nature des gaz produits par les bactéries :


  • SIBO : désigne un excès d'hydrogène (H2)

  • IMO : désigne un excès de méthane (CH4)

  • ISO : désigne un excès de sulfure d'hydrogène (H2S)



Le type de gaz émis renseigne sur les espèces de bactéries présentes.




SIBO : quels sont les symptômes ?



Les symptômes du SIBO peuvent varier selon le type de gaz émis et la situation individuelle.



Cependant, on retrouve la plupart du temps : ballonnements, troubles du transit et gaz, douleurs. Notons que sont sont les mêmes symptômes que ceux retrouvés dans le SII.




Ventre qui gonfle rapidement après un repas : un signe typique



Si nous évoquons le SIBO ici, ce n'est pas un hasard. La sensation de ballonnement et l'apparition d'un "ventre de femme enceinte" très rapidement après un repas est probablement le symptôme le plus évocateur du SIBO.



ventre qui gonfle après les repas et fermentation bactérienne


Pourquoi ?



Nous l'avons expliqué plus haut : si le ventre gonfle dans les 20 minutes et jusqu'à 1h30 après les premières bouchées, les aliments n'ont (sauf situation spécifique) pas eu le temps de rejoindre le côlon et se trouvent donc au niveau de l'intestin grêle.



Cela sous entend donc une fermentation bactérienne anormale au niveau de cette première partie de l'intestin, normalement destinée à la l'absorption des nutriments et non leur fermentation.




Altération du transit et douleurs abdominales



En cas de SIBO on retrouve également des perturbations du transit avec des diarrhées, constipation ou alternance des deux. A cela s'ajoutent des douleurs liées soit directement à la présence des ballonnements (distension abdominale), soit à des crampes intestinales (souvent rencontrées en cas de diarrhées).



Dû à la présence en excès de méthane (CH4), le IMO est particulièrement associé à de la constipation (selon une étude en moyenne 3 fois plus que la diarrhées) (2). En effet, le méthane ralenti la motilité intestinale et donc espace l'émission des selles et favorise leur déshydratation. A noter que les fibres sont souvent conseillées en cas de constipation. Cependant, en cas de IMO, ces fibres peuvent nourrir les bactéries productrices de méthane et ainsi aggraver la constipation et les ballonnements.



Dans la configuration ISO (sulfure d'hydrogène), on retrouve souvent des cas de diarrhées urgentes avec un tableau clinique plus large qui a de fortes répercutions sur l'état général. L'un des signes majeur ici est l'odeur nauséabonde des gaz (qui s'assimile à celle de l'œuf pourri).



Important : la présence de constipation ou de diarrhées ne peuvent suffire à elles seules à la conclusion d'un SIBO, IMO ou ISO. Nous verrons plus loin l'intérêt du test respiratoire pour la détection du SIBO et sa bonne prise en charge.



Carences et déficits nutritionnels



Comme évoqué plus haut, les bactéries présentes au niveau de l'intestin grêle peuvent interférer dans l'assimilation des nutriments de notre alimentation.



Le fer par exemple sert de substrat aux mauvaises bactéries. Ces dernières captent ce minéral avant qu'ils n'ai pu être assimilé et provoque ainsi des déficit ou carence qui peuvent être révélées par une ferritine basse sur des analyses biologiques courantes.



Des carences en vitamines peuvent aussi résulter du surdéveloppement de bactéries : principalement les vitamines liposolubles (A, D, E, K), vitamines B12 et B9 par fermentation des glucides.



Cette liste de symptômes est loin d'être exhaustive, d'autres signes doivent également mettre sur la piste et peuvent être évoqués avec votre praticien en santé fonctionnelle.





Ballonnements après manger : comment savoir si l'on a un SIBO ?



Il n'existe pas de symptômes spécifiques au SIBO. De plus, les manifestations sont variées, chaque personne réagira différemment.



Par ailleurs, il est possible de combiner plusieurs cas : SIBO + IMO, SIBO + ISO, voire les 3 configurations cumulées. Aussi, d'autres problématiques annexes peuvent compliquer le tableau et empêcher d'avoir une compréhension claire de la situation.




SIBO : l'intérêt du test respiratoire



Pour avoir un aperçu objectif de la dysbiose, la réalisation d'un test respiratoire (au lactulose ou glucose) pourra être nécessaire. Ce test permettra notamment de quantifier la présence d'hydrogène et/ou de méthane et d'orienter vers une configuration SIBO ou IMO.



Le test consiste à souffler à intervalles réguliers dans différentes poches après avoir ingérer un substrat dilué dans de l'eau : soit lactulose ou glucose (à déterminer selon la situation). Les gaz produits par les bactéries intestinales vont alors migrer vers les poumons et pouvoir être analysés dans l'air expiré contenu dans les poches.



diagnostic SIBO et test respiratoire au lactulose
Exemple de résultats au test respiratoire au lactulose pour la détection du SIBO et IMO

Les résultats se présentent sous forme de courbe dont l'interprétation est complexe et doit être confiée à une personne formée.



L'ISO quant à lui ne peut pas être détecté par le test respiratoire car le sulfure d'hydrogène est naturellement produit par l'organisme. Dans ce cas, il est important d'avoir un regard expert pour détecter d'autres signes et recourir à d'autres analyses si besoin (analyse de selles ou d'urines selon les cas).




Protocole SIBO : les solutions proposées pour réduire les gaz



La principale indication en cas de SIBO est le recours à des antibactériens spécifiques. Certains antibactériens seront particulièrement efficaces contre le SIBO (allicine, berberine...), d'autres plutôt pour le IMO (origan, neem...) ou pour le ISO (grenade, origan...).

Ces cures antibactériennes devront être complétées par un régime alimentaire adapté et associées à d'autres compléments au cas par cas : plantes digestives, enzymes, probiotiques, disrupteurs de biofilms, chélateurs intestinaux, prokinétiques...


Ainsi, la prise en charge du SIBO peut être complexe :


  • cumul des configurations possible (+ candidose ? + intolérance à l'histamine ?)

  • protocole de préparation au test qui peut nécessiter un accompagnement

  • choix du protocole antibactérien (principes actifs de qualité, posologie adaptée...)

  • management des symptômes

  • accompagnement du régime alimentaire

  • anticipation et gestion du die off (biofilms, intolérance à l'histamine)

  • suivi de l'efficacité du protocole et tests complémentaires si besoin



Il n'existe pas un seul protocole qui correspond à tous. Chaque configuration utilise des protocoles différents dans un ordre précis à adapter au contexte individuel de la personne.



En parallèle, il sera également important de rechercher la cause de la cause. En effet, les ballonnements, la prolifération bactérienne ne sont que la partie émergée de l'iceberg, les derniers dominos de la chaîne. Pour éviter les rechutes, il est donc important de comprendre pourquoi le SIBO s'est développé, chercher la cause de la cause et y remédier si besoin.



Votre praticien pourra ainsi vous guider dans cette exploration et dans l'idéal en collaboration étroite avec votre professionnel de santé référent.




Maladie vs trouble fonctionnel : vers qui se tourner ?



Le SIBO ne provoque pas de lésions visibles dans les examens médicaux courants.



En effet, le SIBO n'est pas une maladie mais un trouble fonctionnel. C'est à dire que la plupart de temps, vos analyses médicales reviennent "normales" (coloscopie, scanner, marqueurs biologiques).



Pour la prise en charge du SIBO, il est préférable de se tourner vers un médecin ou praticien spécialisé en santé fonctionnelle.



Le SIBO nécessite un regard global sur le fonctionnement de la digestion et du microbiote dans leurs intrications les plus subtiles avec divers paramètres liés à l'alimentation, les antécédents médicaux et le mode de vie personnel.



Si vous suspectez un SIBO, il sera alors conseillé de consulter un praticien formé à la prise en charge du SIBO, à ses différentes configurations et au système digestif dans son ensemble, en interaction avec les autres systèmes.






mélodie tuquet naturopathe spécialisée SIBO

Naturopathe depuis plusieurs années, je me suis formée à la prise en charge fonctionnelle des troubles du microbiote : SIBO, IMO, ISO et SIFO avec le Dr Christian Boyer (PhD).



J'accompagne les personnes souffrant de troubles digestifs avec écoute, pédagogie et expertise.

Si vous êtes concernés par des ballonnements quotidiens après les repas vous avez la possibilité de :


  • poser vos questions grâce au chat ou par mail (je serai ravie de pouvoir vous répondre )

  • commenter cet article pour partager votre propre expérience des ballonnements ou du SIBO

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  • prendre rendez-vous pour un bilan de naturopathie fonctionnelle.




Bibliographie

  1. Poon, D., Law, G. R., Major, G., & Andreyev, H. J. N. (2022). A systematic review and meta-analysis on the prevalence of non-malignant, organic gastrointestinal disorders misdiagnosed as irritable bowel syndrome. Scientific reports12(1), 1949. https://doi.org/10.1038/s41598-022-05933-1

  2. Pimentel, M., Mayer, A. G., Park, S., Chow, E. J., Hasan, A., & Kong, Y. (2003). Methane production during lactulose breath test is associated with gastrointestinal disease presentation. Digestive diseases and sciences48(1), 86–92. https://doi.org/10.1023/a:1021738515885

  3. ICD-10 Coding for Small Intestinal Bacterial Overgrowth. (s. d.). ICD Codes. https://icdcodes.ai/diagnosis/sibo/documentation


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