Intolérance au gluten et naturopathie : faut-il vraiment tout supprimer ?
- 7 nov. 2024
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 avr.
Le régime sans gluten est devenu le nouveau mantra du bien-être. Des ballonnements aux migraines, en passant par la fatigue chronique, de plus en plus de personnes bannissent le gluten de leur assiette, convaincues d'avoir trouvé la source de leurs maux.
Certains praticiens en santé naturelle, y compris en naturopathie, ont tendance à diaboliser les produits contenant du gluten.
Cette protéine est-elle si problématique pour la santé ? Et si ces intolérances n'étaient que la partie visible d'un déséquilibre plus profond ?
Faut-il vraiment supprimer le gluten ? Découvrons ensemble pourquoi adopter une approche nuancée au sujet du gluten peut être bénéfique pour une meilleure santé globale.
Toutes les réactions au gluten ne se valent pas
Avant toutes choses, il est important de distinguer les différentes réactions au gluten. En effet, on retrouve parfois des confusions importantes (y compris dans des sites de santé officiels) qui contribuent d'autant plus au désarroi des personnes souffrant de troubles digestifs chroniques ou autres symptômes altérant la qualité de vie au quotidien.
La sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC)
L'intolérance au gluten ou aussi appelée sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC) est associée à divers symptômes digestifs : ballonnements, douleurs abdominales, troubles du transit mais aussi fatigue. En l'état actuel de la recherche, cette sensibilité n'est pas associée à des marqueurs biologiques spécifiques ce qui rend son diagnostic difficiles pour les professionnels de santé. Les symptômes sont également peu spécifiques et très proches par exemple de ceux associés au syndrome de l'intestin irritable (SII).
La maladie cœliaque : une pathologie auto-immune
Contrairement à la sensibilité au gluten, la maladie cœliaque peut être diagnostiquée par un médecin. La maladie cœliaque est une maladie auto-immune. Les anticorps anti-transglutaminases sont dans ce cas recherchés par un prise de sang. En cas de résultat positif, la présence de lésions au niveau de l'intestin grêle révélé par biopsie (prélèvement) peut confirmer le diagnostic.
La maladie cœliaque nécessite une éviction stricte du gluten.
Les personnes atteintes de cette maladie sans le savoir et qui continuent à consommer du gluten peuvent présenter des carences importantes mais aussi d'autres symptômes touchant l'ensemble de l'organisme : problèmes de peau, dépression, ostéoporose....
L'allergie au gluten : une réaction immunitaire spécifique

L'allergie au gluten désigne encore un autre mécanisme faisant lui aussi intervenir le système immunitaire. Les symptômes s'apparentent à ceux d'autres allergies plus classiques : ils peuvent être digestifs mais aussi respiratoires (anaphylaxie) ou cutanés.
En cas de suspicion de réaction au gluten, la première chose à faire et donc de faire le point sur vos symptômes avec un professionnel de santé. Le médecin pourra également éliminer d'autres causes médicales.
En l'absence de maladie cœliaque ou d'allergie au gluten, faut-il tout de même faire la chasse au gluten ?
Le régime sans gluten en pratique : bonne ou mauvaise idée ?
Qu'est ce que le gluten et quels aliments sont concernés ?
Le gluten désigne des protéines présentes naturellement dans le blé (gliadine), l'orge (hordéine) et le seigle (sécaline). Le cas de l'avoine est plus complexe car il ne contient pas de gluten au sens strict. Les réactions constatées seraient plutôt liées à sa contamination croisée avec le blé, l’orge et le seigle. L'avoine contient cependant une protéine, l'avénine, qui peut provoquer des réactions similaires chez certaines personnes.

Quoi qu'il en soit, ces 4 céréales se retrouvent dans un grand nombre d'aliments : pains, biscuits, pâtes à tarte, pizza, céréales du petit déjeuner, aliments panés ou frits, bière... la liste est longue. On retrouve aussi du gluten dans des aliments insoupçonnés tels que les soupes de légumes en brique ou dans les aliments contenant certains additifs extraits de ces céréales (amidon de blé, germe de blé, extrait de malt d'orge...).
Le gluten est présent dans un grand nombre de produits ultra transformés. Les produits alimentaires vendus en vrac en supermarché ou en magasin bio peuvent également être contaminés.
A savoir que le gluten fait partie de la liste des allergènes réglementés, sa mention est obligatoire sur les emballages des produits alimentaires industriels. Souvent présent sous forme de traces, son élimination complète évince un grand nombre d'aliments de l'alimentation et nécessite une attention de tous les jours.
Suivre un régime sans gluten sans diagnostic : quels risques ?
Exclusion du gluten : entre soulagement et contrainte
Comme tout régime d'exclusion, la suppression de tous les aliments contenant du gluten peut engendrer la suppression de grandes familles alimentaires. Des déficits nutritionnels, voire des carences peuvent alors apparaître et engendrer d'autres problèmes de santé. De même, l'équilibre du microbiote et la santé de l'intestin passe par une alimentation variée qu'il est plus difficile à suivre en cas d'évictions nombreuses.
Manger sans gluten impose par ailleurs un contrôle accru de son alimentation qui peut tourner à l'obsession, occasionner une perte de plaisir à manger ou à cuisiner et favoriser l'orthorexie (un trouble alimentaire de plus en plus courant).
Que ce soit à la maison, au restaurant, chez des amis ou en famille, l'aspect contraignant du régime sans gluten peut susciter l'incompréhension de l'entourage et engendrer un isolement social.

Autre aspect non négligeable qui touche au porte-monnaie cette fois-ci : les produits estampillés "sans gluten" comme les pâtes ou le pain sont souvent plus chers que les produits classiques. Si ces produits peuvent en partie être remboursés par la sécurité sociale en cas de maladie cœliaque, ce n'est pas le cas pour l'intolérance. De fait, le régime sans gluten peut représenter un réel budget.
Sans gluten ne veut pas forcément dire "sain"
Depuis le développement des intolérances au gluten, les industriels ne se sont pas privés de surfer sur la vague des régimes "sans gluten".
Pâtes, pains, biscuits sans gluten comportent pourtant de nombreux additifs ajoutés pour compenser l'absence de gluten et améliorer texture et saveurs. Sans gluten ne veut pas forcément dire meilleur pour la santé.
En bref, l'éviction du gluten n'est pas une mince affaire ! Il est donc préférable de ne pas la prendre à la légère et de s'assurer avant toute chose que cela soit réellement nécessaire. Si l'arrêt du gluten peut dans certains cas aider, il est souvent difficile de s'y tenir et les symptômes peuvent parfois persister voir s'amplifier malgré une volonté de bien manger. En effet, une intolérance au gluten supposée pourrait en réalité être liée à d'autres causes.
Intolérance au gluten ou autre cause, la confusion est facile.
En cas de troubles chroniques, le gluten n'est pas le seul coupable à incriminer. D'autres causes peuvent expliquer les désordres digestifs et autres symptômes altérant fortement la qualité de vie.
Intolérance au gluten ou aux fructanes ?
Nous l'avons vu plus haut. Les symptômes associés à l'intolérance au gluten sont souvent ceux que l'on retrouve en cas de syndrome de l'intestin irritable (SII) et peuvent être confondus. Le déclenchement des symptômes des personnes atteintes de SII a notamment été associé à la consommation de certaines familles de glucides regroupées sous l'acronyme FODMAPs (pour fermentescible oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides and polyols). Je ne vais pas m'attarder sur ce sujet qui mériterait un article à lui seul, voir plusieurs. Ce qu'il est essentiel de comprendre ici c'est que Les FODMAPs englobent plusieurs types de glucides fermentescibles, dont les fructanes. Or, le fructane est entre autres contenu dans... le blé, le seigle et l'orge.
Cependant, n'allons pas pour autant jeter tout notre dévolu sur les FODMAPs. Si j'évoque ici les fructanes c'est surtout pour ouvrir la voie sur d'autres causes, car il existe bien d'autres sources d'intolérances qui peuvent être confondues avec le gluten, mais réveler aussi un problème bien plus global.
Gluten : cause ou conséquence de vos troubles ?
Une des erreurs les plus fréquentes face à un trouble de santé est de confondre le déclencheur et la cause profonde.
Imaginez un instant : une tuile se détache et vous heurte la tête. Votre premier réflexe ? Blâmer cette tuile qui vous a fait mal. Mais la véritable question n'est pas là - pourquoi cette tuile est-elle tombée ? La réponse se trouve dans l'état général de votre toit, négligé depuis trop longtemps. Vous pourrez retirer cette tuile qui vous a blessé, mais tant que le toit reste fragile, d'autres suivront inévitablement.
Il en va de même avec le gluten : les symptômes qu'il provoque ne sont souvent que la partie émergée de l'iceberg, le signal d'alarme d'un déséquilibre plus profond comme une dysbiose ou une hyperperméabilité intestinale. Supprimer le gluten peut soulager temporairement, comme retirer une tuile bancale, mais sans traiter la cause sous-jacente, les problèmes continueront à se manifester sous d'autres formes, voire se multiplier.
Rappelons que le but de cet article n'est pas de nier les soucis liés au gluten et notamment à l'enrichissement artificiel des produits alimentaires en gluten par l'industrie agro-alimentaire. Le blé que nous connaissons aujourd'hui n'est plus vraiment le même que son ancêtre le petit épeautre par exemple (voir la recette de cookies au petit épeautre ultra digestes). Sélectionné puis transformé pour être plus résistant et pour améliorer ses propriétés de panification, le blé moderne, plus riche en gluten, mets notre organisme à l'épreuve. Notons également que la richesse en gluten du blé moderne augmente la production de zonuline, une hormone qui favorise l'hyperperméabilité intestinale qui peut notamment expliquer le développement des allergies alimentaires.
La transformation de nos produits alimentaires de base induit de nombreuses inadaptations de notre organisme et favorise le développement de ce qu'on appelle les maladies de civilisation. Il est donc nécessaire de voir les choses de manière plus globale.
Intolérance au gluten : pourquoi la digestion n'est pas bonne ?
Nous avons vu que, même si le gluten n'est pas tout blanc, prendre seul la décision de supprimer totalement les produits qui contiennent du gluten n'est pas sans risque.
Réaction au gluten supposée : qui consulter ?
En l'absence de maladie, un professionnel formé à la nutrition pourra vous accompagner afin de faire la distinction entre l'intolérance au gluten et/ou à d'autres substances. En effet, en l'absence de connaissances nutritionnelles approfondies, il peut être difficile de trouver soi-même l'origine du problème. Nous mangeons rarement un aliment seul et un même aliment peut contenir à lui seul plusieurs substances problématiques.
De plus, les symptômes peuvent, selon tout un tas de circonstances apparaître de manière plus ou moins différée. Par ailleurs, nous n'avons pas parlé de l'effet placebo mais ce dernier, contrairement aux idées reçues, est bien réel et il peut aussi compliquer l'identification des causes du problème. D'où l'importance de se faire accompagner par un professionnel.
Intolérances au gluten : voir au delà avec la naturopathie fonctionnelle

De par sa formation en nutrition, le naturopathe peut vous aider à identifier plus précisément les aliments ou substances à l'origine de vos intolérances. Il pourra ensuite vous accompagner afin de faire les ajustements alimentaires nécessaires en prenant en compte votre situation personnelle.
Par ailleurs, la spécificité de la naturopathie est d'aller plus loin que le déclencheurs en identifiant les causes profondes,
Souvent, le terrain est déjà fragilisé : inflammation, hyperperméabilité intestinale, dysbiose. Dans ce cas, il faudra aussi réparer.
L'approche fonctionnelle invite à prendre du recul, à tenir compte de l'ensemble de la situation, ainsi qu'à individualiser les recommandations pour rétablir les déséquilibres profonds, et non masquer simplement le symptôme..
Vous pensez être intolérant au gluten ? Consultez un professionnel pour explorer toutes les causes possibles et trouver des solutions adaptées à votre propre situation.

Naturopathe formée à la prise en charge fonctionnelle des troubles du système digestif et du microbiote. Je vous accompagne afin de mieux comprendre vos symptômes et agir sur les causes. Pour s'affranchir des solutions temporaires contre-productives et retrouver un bien-être durable.
Bibiographie et ressources
Association Française Des Intolérants Au Gluten : https://www.afdiag.fr/fr/
Maladie coeliaque vs sensibilité au gluten - Canadian Digestive Health Foundation : https://cdhf.ca/fr/maladie-coeliaque-vs-sensibilite-au-gluten/
APSSII - APSSII : https://apssii.org/
Drago, S., El Asmar, R., Di Pierro, M., Grazia Clemente, M., Tripathi, A., Sapone, A., Thakar, M., Iacono, G., Carroccio, A., D'Agate, C., Not, T., Zampini, L., Catassi, C., & Fasano, A. (2006). Gliadin, zonulin and gut permeability: Effects on celiac and non-celiac intestinal mucosa and intestinal cell lines. _Scandinavian journal of gastroenterology_, _41_(4), 408–419. https://doi.org/10.1080/00365520500235334
Lammers KM, Lu R, Brownley J, Lu B, Gerard C, Thomas K, Rallabhandi P, Shea-Donohue T, Tamiz A, Alkan S, Netzel-Arnett S, Antalis T, Vogel SN, Fasano A. Gliadin induces an increase in intestinal permeability and zonulin release by binding to the chemokine receptor CXCR3. Gastroenterology. 2008 Jul;135(1):194-204.e3. doi: 10.1053/j.gastro.2008.03.023. Epub 2008 Mar 21. PMID: 18485912; PMCID: PMC2653457.




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