Pourquoi les migraines surviennent pendant les règles ?
- 2 avr.
- 8 min de lecture

La migraine est une maladie neurologique qui touche 15% de la population adulte en France (1). Plus qu'un simple mal de tête, la migraine peut véritablement impacter la qualité de vie des personnes atteintes.
Si dans l'enfance, les garçons sont autant touchés que les filles, les études épidémiologiques montrent une augmentation significative des migraines après la puberté chez la femme jusqu'à devenir 3x supérieure par rapport aux hommes.
Par ailleurs, 18% à 25 % des femmes concernées ont des crises associées à leur règles ce qui pourrait suggérer une implication hormonale.
Dans cet article, nous allons :
pourquoi les migraines reviennent spécifiquement pendant les règles
comprendre l'intérêt d'une approche globale pour prévenir efficacement les migraines menstruelles
Migraine menstruelle : définition, causes et symptômes
Les symptômes de la migraine
La migraine se caractérise par des maux de tête qui surviennent sous forme de crises répétées.
Selon l'International Headache Society, le diagnostic de la migraine commune (sans aura) repose sur la présence d'au moins 5 crises remplissant les critères suivants :
céphalée qui dure de 4 à 72h (sans traitement ou traitement inefficace)
minimum 2 caractéristiques :
douleur unilatérale
douleur pulsatile
intensité modéré à sévère
douleur augmentée par l'activité
minimum 1 caractéristique :
nausée et/ou vomissements
photophobie, sonophobie
élimination d'autres causes médicales
Seul le médecin pourra confirmer le diagnostic et éliminer d'autres causes médicales possibles.
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Pourquoi les migraines reviennent spécifiquement pendant les règles ?
Les migraines qui reviennent spécifiquement pendant les règles concernent 18 à 25 % des femmes migraineuses. On peut alors parler de migraine menstruelle (MM), aussi appelées migraine cataméniale.
Dans le cas de migraines menstruelles, on distingue deux cas de figure.
1. Les migraines menstruelles pures (7% des migraines) : les crises surviennent uniquement autour des règles.
2. Les migraines associées aux menstruations : les crises surviennent pendant les règles mais aussi à d'autres moments du cycle.
Dans cet article, on emploiera le terme de migraines menstruelles pour désigner ces deux cas de figure sans distinction. En effet, que les migraines soient exclusivement déclenchées autour des règles ou non, on peut retrouver dans les deux cas une implication hormonale.
Pour une même personne, les déclencheurs de la migraine peuvent par ailleurs alterner au cours des mois en fonction des circonstances extérieures et également en réaction aux variations physiologiques (2).

Migraines menstruelles : à quel moment surviennent les crises ?
Les migraines menstruelles désignent les crises qui surviennent entre J-2 (2 jours avant le début des règles) et J+3 (3 jours après le début des règles).
Les femmes atteintes de migraines menstruelles ont souvent constaté une apparition des migraines autour de la puberté. Par ailleurs, les crises peuvent diminuer voire disparaître à la ménopause.
C'est donc pendant la période de fertilité, entre puberté et ménopause, que les crises de migraines sont les plus fréquentes. Les femmes touchées peuvent alors souffrir de maux de tête invalidants chaque mois, pendant des dizaines d'années, parfois sans trouver de traitement réellement efficace.
Migraines cataméniales : quels sont les causes impliquées ?
La prévalence des migraines chez la femme plutôt que chez l'homme oriente logiquement vers une implication hormonale. Contrairement à l'homme, le corps de la femme est soumis à des variations hormonales importantes qui se reproduisent à chaque cycle menstruel. Ce véritable "ballet hormonal" influence de nombreux processus au-delà de la sphère gynécologique.
Différentes études ont exploré les liens entre les hormones féminines, notamment les œstrogènes, et les migraines.
Liens entre œstrogènes et migraines
Les œstrogènes fluctuent au cours du cycle menstruel :
Un 1er pic juste avant l'ovulation (milieu du cycle)
Un 2ème pic en milieu de phase lutéale (2ème moitié du cycle)
Un taux minimal au moment des règles

La période des règles correspond donc au moment où les hormones féminines, œstrogènes et progestérone, sont en chute libre. C'est pendant cette période qu'on observe une sensibilité particulière aux migraines pour certaines femmes.
Il faut savoir que les oestrogènes atteignent le cerveau de manière passive mais qu'ils sont également synthétisés localement. De nombreux récepteurs oestrogéniques (sorte de serrure qui permettent d'activer les cellules grâce à une clé spécifique, ici les œstrogènes) sont localisés dans les zones cérébrales impliquées dans la migraine.
Effets de oestrogènes sur le fonctionnement cérébral
En activant leur récepteurs, les oestrogènes sont capables de stimuler la croissance neuronale. Ce mécanisme a pour effet d'augmenter l'hyperexcitabilité cérébrale et d'autres mécanismes en cascade tels que des modifications vasculaires.
Les oestrogènes peuvent donc d'une part abaisser le seuil d'activation de certaines zones du cerveau et libérer des molécules excitatrices, comme le glutamate. Cette hyperexcitabilité a spécifiquement été associée aux mécanismes impliqués dans le déclenchement des migraines.
Un taux élevé d'œstrogènes augmente notamment le risques de migraines avec aura. La encore via l'effet excitateur de l'hormone sur certaines zones cérébrales. Ce risque est particulièrement présent en cas de prise de pilule contraceptive (combinée) ou de grossesse.
D'autre part, l'hyperexcitabilité cérébrale est elle-même responsable de la modification du débit sanguin dans le cerveau (afin principalement d'alimenter ces cellules en énergie), autre mécanisme impliqué dans le déclenchement des migraines.
Un excès d'œstrogènes pourrait donc favoriser le déclenchement des migraines. Cependant, les liens entre œstrogènes et migraines sont bien plus complexes.
On ne retrouve pas systématiquement des taux plus élevés d'œstrogènes chez les personnes migraineuses comparées au personnes sans migraines.
Par ailleurs, les œstrogènes semblent aussi avoir des effets protecteurs contre la migraine en favorisant la libération d'ocytocine. Cette hormones surnommée "hormone de l'attachement" possède notamment des propriétés anti-douleur. On remarque également que le seuil de douleur chez la femme est plus bas au moment où les œstrogènes le sont aussi. Ainsi, les migraines menstruelles sont souvent plus fréquentes et plus intenses que les migraines survenant en dehors de cette période (4).
Enfin, le système sérotoninergique est particulièrement stimulé par les oestrogènes ce qui joue un rôle protecteur contre les migraines.
Chute hormonale et déclenchement des migraines
C'est en 1972 que Somerville a mis en évidence pour la première fois une implication des oestrogènes dans le déclenchement des migraines. Dans son étude, il a montré que l'injection d'œstrogènes en fin de cycle, au moment où ces derniers diminuent drastiquement, a eu pour effet de retarder l'apparition de la migraine.
Ce n'est pas donc tant les œstrogènes eux-mêmes qui seraient responsables de la crise mais le débalancement ou sevrage hormonal qui survient à la fin du cycle.
Notons que la fin du cycle menstruel est également associé à une diminution de la progestérone (qui a un effet apaisant sur l'organisme) ce qui augmente la sensibilité aux migraines hormonales.
L'implication des hormones sexuelles dans le déclenchement des migraines est donc complexe et ne peux se réduire au simple constat : + œstrogènes => + migraines. Il y'aurait une notion de seuil à prendre en compte. Par ailleurs, ce seuil est sensiblement différent d'un individu à l'autre.
A l'image d'un égaliseur qui modifie le son d'une musique, le corps posséderait plusieurs "balances" qui peuvent faire varier le seuil de déclenchement d'une migraine.

Une faible modification de quelque uns de ces curseurs pourraient ne pas être perçue à l'oreille alors que l'élévation drastique d'un seul curseur ou plus modérée de tous les curseurs pourraient rendre l'écoute désagréable.
De plus, d'autres paramètres pourraient également s'ajouter et augmenter le risque de déclencher ou non une migraine. Ce qui explique pourquoi un déclencheur (curseur) n'a pas d'effet systématique. Par exemple, les variations de la météo peuvent parfois déclencher les crises chez certaines personnes sensibles, cependant, les variations ne déclenchent pas toujours une crise chez cette même personne.
Il s'agit donc d'un équilibre global à prendre en compte. C'est tout l'intérêt de l'approche fonctionnelle : penser "terrain" plutôt que de se centrer uniquement sur les déclencheurs.
Cette hypothèse est d'ailleurs renforcée par la notion de charge allostatique.
Migraine et débalancement métabolique
Au-delà de leur action directe sur le système nerveux et vasculaire, les variations hormonales au cours du cycle représentent un véritable défi d'adaptation pour l'organisme.
Le concept de charge allostatique permet de mieux comprendre ce phénomène. L'allostasie désigne la capacité de l'organisme à maintenir son équilibre interne face aux changements de l'environnement. Cette adaptation a un coût physiologique, appelé "charge allostatique".
La migraine est considérée comme une maladie favorisée par une mise à l'épreuve de ce mécanisme adaptatif. Une charge allostatique excessive et prolongée peut surcharger les systèmes de régulation et favoriser l'apparition de troubles comme la migraine (5).
Les fluctuations hormonales au cours du cycle menstruel représentent une source de stress interne qui s'ajoute aux autres facteurs de déséquilibres physiologiques : glucose et glycémie, cortisol et stress, radicaux libres et stress oxydatif... Ces facteurs de risques peuvent se combiner selon le terrain individuel et s'ajouter à des facteurs de stress externes (exposition aux toxiques, bruit, odeurs, météo...).
Soulager les migraines menstruelles : approche conventionnelle et naturopathie
Médicaments : les limites de l'approche conventionnelle contre les migraines
Les traitements médicamenteux tels que les triptans ont montré leur efficacité dans le traitement de crise des migraines. Cependant, ils ne soulagent pas toujours.
30 à 40 % des migraineux ne répondent pas aux triptans.
Les antalgiques opioïdes comme la codéine peuvent majorer les nausées et le risque d'abus médicamenteux (6).
Les anti-inflammatoires peuvent également avoir des impacts à long terme sur d'autres systèmes impliqués dans le déclenchement des migraines, notamment l'axe intestin-cerveau, via la modification de l'équilibre du microbiote.
De plus en cas de migraines "mixtes" ou chroniques, l'usage des médicaments peut facilement dépasser la limite recommandée. Or, le risque de céphalées de rebond, ces maux têtes liés à un excès de recours au médicaments est bien connu.
Dans le cas particulier des migraines menstruelles, certaines femmes peuvent se voir proposer des traitements hormonaux comme des œstrogènes de synthèse ou des contraceptifs hormonaux. Ces options sont à discuter avec votre médecin en évaluant la balance bénéfices/risques.
En effet, les hormones de synthèse n'ont pas exactement les mêmes propriétés que nos hormones naturelles. Leurs effets à long terme soulèvent encore des questions. Un suivi médical régulier est indispensable pour surveiller d'éventuels effets secondaires.
D'où l'intérêt d'explorer en parallèle des solutions plus naturelles via l'alimentation, la phytothérapie ou la nutraceutique pour réduire le recours aux médicaments et agir sur les causes profondes des migraines, et pas seulement sur les symptômes.
C'est à dire de trouver un équilibre entre le soulagement que peuvent apporter certains traitements contre la migraine, combiné à d'autres pratiques naturelles plus écologiques pour votre fonctionnement global (et donc sans effets secondaires).
Voici quelques solutions utilisées en naturopathie fonctionnelle que vous pouvez dès à présent mettre en place pour prévenir les migraines menstruelles et agir sur les mécanismes sous-jacents. Lire l'article 👉🏽 Quel remède naturel contre la migraine menstruelle ?.
Rétablir les déséquilibres : l'intérêt de l'approche fonctionnelle pour venir naturellement à bout des migraines
Le praticien en santé fonctionnelle et/ou naturopathe ne se contentent pas de proposer des plantes anti-douleurs ou de soulager naturellement la migraine. L'approche fonctionnelle, c'est retrouver une vision globale du corps qui inclus l'ensemble des mécanismes physiologiques impliqués de prêt ou de loin.
Pour aller plus loin, voir aussi : Qui consulter pour des migraines : connaissez-vous l'approche fonctionnelle qui cible les causes ?
En naturopathie, l'individualisation est la clé. Ces mécanismes sont toujours mis en relation avec la situation individuelle de la personne : biologie, alimentation, mode de vie.
Grâce à un échange approfondi et global avec la personne, le praticien en santé fonctionnelle identifie les déséquilibres qui peuvent favoriser la migraine pour mieux les prévenir. C'est un peu comme couper l'eau à la source en cas de fuite, au lieu de colmater sans cesse.
Dérèglements hormonaux (progestérone, œstrogènes, androgènes), inflammation de bas grade, carences ou déficits nutritionnels, altération de la fonction mitochondriale, stress psychologique et physique et bien d'autres causes biologiques, psychologiques, sociales et environnementales peuvent être explorées individuellement pour agir de manière personnalisée (sur le terrain individuel) et globale (sur l'ensemble des paramètres impliqués) et ainsi maximiser ses chances d'obtenir une amélioration significative et durable dans la gestion et le soulagement de vos migraines.
Bibliographie
Cremers, A. (2022). Prise en charge thérapeutique de la migraine chez la femme (Thèse de doctorat, Université de Lille). Université de Lille. https://pepite-depot.univ-lille.fr/LIBRE/Th_Pharma/2022/2022ULILE004.pdf
Borsook, D., Erpelding, N., Lebel, A., Linnman, C., Veggeberg, R., Grant, P. E., Buettner, C., Becerra, L., & Burstein, R. (2014). Sex and the migraine brain. _Neurobiology of disease_, _68_, 200–214. https://doi.org/10.1016/j.nbd.2014.03.008
Burke, B. E., Olson, R. D., & Cusack, B. J. (2002). Randomized, controlled trial of phytoestrogen in the prophylactic treatment of menstrual migraine. _Biomedicine & Pharmacotherapy_, _56_(6), 283‑288. [https://doi.org/10.1016/S0753-3322(02)00181-6](https://doi.org/10.1016/S0753-3322\(02\)00181-6)
Borsook, D., Maleki, N., Becerra, L., & McEwen, B. (2012). Understanding migraine through the lens of maladaptive stress responses: a model disease of allostatic load. _Neuron_, _73_(2), 219–234. https://doi.org/10.1016/j.neuron.2012.01.001





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